Nouvelle Scène

LE MISANTHROPE

MOLIÈRE

Alceste ne supporte pas l’hypocrisie, la superficialité. Ombrageux et intransigeant, il refuse le jeu des convenances, s’enferme dans sa volonté de ne lâcher « aucun mot qui ne vienne du cœur» et réclame que tous suivent son exemple. Le destin veut qu’il tombe amoureux de son exact contraire, Célimène, qui adore les mondanités et n’existe que par ceux qui l’encensent. Comment parviendra-t-il à se sortir de cette situation paradoxale ?

ENCORE UN MISANTHROPE ?
Cinq ans après Le Misanthrope mis en scène et interprété par Michel Fau, pourquoi remettre si vite cette pièce au programme ?
Parce que si le texte reste le même – bien évidemment ! – le contexte change selon la vision du metteur en scène et selon le ressenti de l’acteur principal. Les différences peuvent être grandes selon les productions. C’est une des caractéristiques des grands auteurs, c’est ce qui fait la richesse de leurs œuvres de pouvoir être interprétées de diverses façons sans que le sens fondamental en soit changé. Ce qui change, ce peut être la mise en évidence de certaines particularités des personnages ou de la société. Ce peut être aussi la focalisation sur ce qui est comique plutôt que tragique ou l’inverse. A travers la diversité de ces éclairages artistiques, les œuvres prennent une dimension d’autant plus forte et leur impact modifie aussi la façon dont nous les recevons.
Et puis il y a le plaisir de voir la créativité des metteurs en scène et le plaisir de voir « en vrai » l’art des grands comédiens ! L’univers artistique de Michel Fau n’a rien à voir avec celui de Peter Stein et pourtant ils sont tous deux au service de Molière. La personnalité de Lambert Wilson (nommé pour le prix Molière du comédien 2019) est très différente de celle de Michel Fau et pourtant ils sont tous deux totalement crédibles dans leur choix d’interprétation.  

LA FASCINATION DU MISANTHROPE
Depuis sa création en 1666, Alceste fascine et interpelle : les artistes comme le public, les psychanalystes comme les sociologues. Alceste est-il ridicule dans la rigidité de ses positions ou souffre-t-il véritablement de voir que ses idéaux ne peuvent être atteints par son entourage et la société ? La misanthropie et la jalousie sont-elles des pathologies ou simplement le témoignage d’un ego surdimensionné ? Aux yeux de Lambert Wilson et de Peter Stein, Alceste est un individualiste et un dissident qui s’érige en juge ! Par l’intransigeance de son regard sur les autres, qui d’après lui ne sont que mensonges et hypocrisie aboutissant à l’exploitation de l’homme par l’homme, il a un côté presque révolutionnaire qui annonce le siècle des lumières et l’intransigeance des Saint-Just et Robespierre.

UN MAÎTRE AU SERVICE D’UN MAÎTRE
Il est souvent d’usage que les mises en scène ramènent les œuvres
du passé à notre époque, comme s’il fallait les adapter pour les rendre conformes au présent – donc plus compréhensibles !
Peter Stein, figure emblématique du théâtre allemand, a choisi de privilégier le texte et le travail d’acteurs, à l’instar de Musset qui écrivait après une représentation du Misanthrope :« J‘écoutais cependant cette simple harmonie, / Et comme le bon sens fait parler le génie.» Donc pas de fioritures ni de modernisme artificiel, mais une humilité devant le texte de Molière pour lequel il s’est pris de passion ! A travers la jalousie, le sarcasme et l’ironie des dialogues, dans un mélange de drôlerie et de désespoir, c’est la recherche de la clarté, de la simplicité – qui donnera encore plus de force et d’audace à la fin qu’il a choisie !

Le maître allemand Peter Stein a monté la comédie avec une distance souveraine. Wilson est magistral, il incarne avec une élégance sombre un Alceste que torturent l’intransigeance et la fidélité à lui-même. Dans cette mise en scène corrosive et terriblement romanesque, il ose tout. TELERAMA

La distribution est excellente jusque dans les plus petits rôles. LE FIGARO

Lambert Wilson est un Alceste intense, vibrant, déchiré. FRANCE CULTURE

AVEC Lambert Wilson, Jean-Pierre Malo, Hervé Briaux, Brigitte Catillon, Manon Combes, Pauline Cheviller, Paul Minthe, Léo Dussollier, Patrice Dozier, Jean-François Lapalus, Dimitri Viau
MISE EN SCÈNE Peter Stein
DÉCORS Ferdinand Woegerbauer
COSTUMES Anna Maria Heinreich

Durée 1h40

Coproduction JMD Productions/ Théâtre Montansier de Versailles

Aufführungstermine