Les quatre Vérités
Marcel Aymé

Le spectacle

Dès les premières répliques, on se croit dans un vrai Boulevard: Olivier scandalisé affirme à ses beaux-parents avoir la preuve que sa femme Nicole le trompe. Or elle nie! Voilà qui provoque un véritable tohu-bohu de stupeur et d’indignation incrédule. La solution: s’en remettre à un sérum de vérité mis au point par Olivier. Seule condition posée par Nicole: que toute la famille en prenne! C’est alors que la comédie s’emballe de façon délirante, car ce sérum a des propriétés particulières qui vont également rejaillir sur l’entourage et avoir des conséquences surprenantes…

«Si la vérité ne sort pas du puits, c’est qu’elle a peur de se mouiller» (Marcel Aymé)
Comme souvent chez Marcel Aymé, tout part d’une situation et de personnages apparemment banals et familiers pour déraper dans une fantaisie malicieusement satirique, qui mêle le prosaïque et le surréalisme de façon cocasse. Avec un sens réjouissant du rebondissement et l’art d’engager ses personnages sur des voies inattendues, il se livre à une brillante variation sur le vrai et le faux, sur le mystère à double fond de l’être. Il s’amuse à disséquer le mensonge: celui d’utilité sociale, à l’usage d’autrui, et celui, plus redoutable, qu’on se fait pour se dissimuler à soi-même. A l’en croire, la part cachée des êtres recèle indéniablement bien des surprises, mais finalement, faut-il pour autant s’obstiner à y avoir accès, alors que cela n’amènerait rien de mieux?

Le regard que Marcel Aymé porte sur les travers et les vices de la nature humaine est d’une lucidité assez noire, et cependant, il préfère les considérer avec le regard indulgent de celui qui essaye de comprendre et d’accepter plutôt que de condamner.

Comment expliquer cette tolérance pour autrui chez un pessimiste sans illusions sur l’être humain? L’éducation d’une famille dans laquelle, dit-il, «on témoignait la même attention, la même considération à tous, sans distinction de rang ou de condition»? Ou tout simplement son «infinie bonté» dont parlent ceux qui l’ont connu, sa droiture et son indépendance d’esprit qui l’ont maintenu hors de tout dogmatisme?…

«L’humilité est l’antichambre de toutes les perfections» (Marcel Aymé)
Ecrivain pourtant reconnu, Marcel Aymé s’est appliqué toute sa vie à ne pas être une vedette et à ne pas poser à l’intellectuel. C’était un taciturne, «un ennemi du tralala», disait sa femme: il réservait son expansivité et son goût du pittoresque pour son écriture, ses personnages, ses peintures de mœurs savoureuses. Cependant, il ne se privait pas de monter au créneau, quel qu’en soit le prix, lorsqu’il s’agissait de s’élever contre la lâcheté, la médiocrité, la vanité qui conduisent à des excès destructeurs. Auteur anticonformiste, il a passé une bonne partie de sa vie et de son œuvre à ironiser, à déconcerter, à choquer les esprits coincés autant qu’à faire rire les partisans d’une lucidité clémente – un état d’esprit avec lequel l’énergie débordante de Marthe Mercadier et l’humour à la fois malicieux et ravageur de Raymond Acquaviva ne peuvent qu’être à l’unisson.

Une situation paradoxale
Cet auteur, dont quantité d’écrivains et de littérateurs confirmés ont dit qu’il était «l’honnête homme et l’un des plus grands auteurs du XXe siècle», subit un purgatoire qui s’éternise! Parce que sa fidélité en amitié l’a poussé à défendre ceux qui avaient été ses amis même s’il ne partageait pas leurs prises de position – tels Céline, Paul Morand ou Brasillach ; parce qu’il a demandé clémence pour eux à la Libération ; parce qu’on aurait voulu l’assimiler aux collabos tout en reconnaissant que sa conduite sous l’Occupation avait été irréprochable, Marcel Aymé n’a toujours pas la place qui lui revient! «L’ignorance dans laquelle la critique et les manuels de littérature ont tenu les œuvres de Marcel Aymé relève du scandale culturel» dit le Dictionnaire des Littératures…

Distribution

Mise en scène: Raymond Acquaviva
Décor: Stéfanie Jarre

Avec: Marthe Mercadier, Raymond Acquaviva, Lilly Bertrand, Alain Darne, Patrice Costa, Prisca Demarez, Audrey Langle, Margot Faure, Mathias Marty, Antony de Azevedo