Les Estivants
Maxime Gorki

Nouvelle traduction: André Marcowicz
Coproduction: Compagnie du Passage, Neuchâtel/Théâtre de Valère, Sion.

Le spectacle

Les vacances… Autour de Bassov et de sa femme Barbara, ils sont là, une quinzaine, à passer l’été dans leur datcha, en famille et entre amis. Ils attendent l’arrivée de l’écrivain Chalimov, dans la perspective d’une douce quiétude estivale… Mais la rencontre de Chalimov avec la doctoresse Maria Lvovna va perturber les projets – et les esprits! Des conflits vont éclater, les choses et les gens vont être remis en question… Entre affrontements, coups de théâtre, révélations et confessions intimes, les uns et les autres vont progressivement être confrontés à un bouleversement qu’ils n’avaient pas vu venir.

Témoignage historique?
Avocat, ingénieur, médecin, enseignant, les personnages appartiennent à cette nouvelle classe émergente, celle des petits-bourgeois cultivés, issus de la classe ouvrière, paysanne ou domestique. Cette ascension sociale leur a apporté une fierté et un bien-être matériel, derrière lesquels ils cachent leurs questionnements autant que leurs insatisfactions, qu’elle soient personnelles ou politico-sociales.

«Je voulais peindre, dit Gorki, cette partie de l’intelligentsia russe qui, du fait de sa promotion sociale, a perdu tout contact avec les masses populaires, oublié les intérêts du peuple et la nécessité de lui frayer un chemin. La société bourgeoise se jette maintenant dans le mysticisme, cherchant un refuge, n’importe quel refuge, contre une réalité.»

Car la société bouge: nous sommes en 1904, un an avant le Dimanche Rouge qui a vu le massacre d’un millier d’ouvriers par les forces tsaristes. On vivote entre un passé glorieux plein de souffrances et un avenir qu’on espère meilleur, mais dont on redoute les souffrances.

Dans cette situation incertaine, il y a ceux qui prennent conscience des frémissements souterrains et ceux qui ne peuvent ou ne veulent rien voir. Sur le plan personnel, il y a aussi ceux qui s’obstinent à rester «en l’état» et ceux qui refusent la surface des comportements et des êtres...

Pourquoi monter les Estivants?
La pièce témoigne de la Russie pré-révolutionnaire. Elle montre des personnages pris dans des contradictions aussi existentielles que politiques. Elle raconte une société disparue et prône une révolution et des idéaux dont l’Histoire, jusqu’à présent, a démontré l’utopie et la faillite. Faut-il la considérer comme une pièce de musée et lui redonner vie pour le simple intérêt historique qu’elle contient? Faut-il reléguer Gorki au rang des écrivains «de circonstance» ou le projeter dans le pantheon des écrivains immortels?

Parce que…
Indépendamment de son engagement marxiste comme porte-parole des classes laborieuses, Gorki fait preuve d’une sensibilité aiguë à l’être humain. «Vous sentez excellemment», lui disait Tchékhov à propos de sa faculté à rendre «palpables» les gens et les choses! Ainsi, l’un des intérêts de cette pièce réside dans cette peinture subtile de personnages, dont les sentiments sont fouillés et les comportements sondés jusqu’au bout de leurs significations et de leurs contradictions. Et puis, malgré tout et par extension, ces débats d’idées, ces interrogations, ces contradictions, cette soif de reconnaissance, ces rêves de temps meilleurs, ne sont-ils pas aujourd’hui comme hier l’essence de la bourgeoisie, petite ou grande, tiraillée entre son matérialisme et ses aspirations humanitaires? La mise en scène sera réalisée par Robert Bouvier, directeur du Théâtre du Passage de Neuchâtel, acteur, metteur en scène, professeur à la Haute Ecole d’Art Dramatique, dont les activités et la qualité du travail ne cessent d’attirer l’intérêt du public et des médias. A ses yeux, «cette pièce offre une matière d’une grande richesse».

Distribution

Mise en scène: Robert Bouvier
Scénographie: Gilles Lambert

Avec: Laura Benson, Jean-Luc Borgeat, Mathieu Delmonte, Samuel Grilli, Yves Jenny, Natacha Koutchoumov, Frédéric Lugon, Carine Martin, Frank Michaux, Jean-François Michelet, Jean-Marc Morel, Julie Rahir, Boubacar Samb, Barbara Tobola, Christine Vouilloz