Premiére 12. mars 2012
Molière
Tartuffe
Avec Claude Brasseur, Patrick Chesnais, Chantal Neuwirth, Guillaume Bienvenu, Emilie Chesnais, Jacqueline Danno, Arnaud Denis, Roman Jean-Elie, Alice de La Baume, Beata Nilska, Marcel Philippot, Julien Rochefort
Mise en scène Marion Bierry
Le spectacle
Voilà une famille « bien sous tout rapport » : milieu aisé, bonne éducation, entente familiale cordiale, solide position sociale du maître de maison… Ce bel acquis, Orgon ne pouvait imaginer qu’il allait le mettre en péril en laissant entrer Tartuffe dans sa maison ! C’est pourtant à sa destruction en règle que Tartuffe travaille. Son premier pas, le plus important, accompli avant que la pièce commence, est d’avoir impressionné Orgon par son comportement et sa personnalité au point d’être devenu, en quelque sorte,son directeur de conscience. Une fois introduit dans la famille, sa suprême habileté est d’agirsous les couleurs de lareligion, de la morale, de la bienséance. Dès lors, Orgon ne peut qu’être aveuglé par la confiance qu’il accorde à son maître à penser, et cette confiance va provoquer bien des dégâts !...
Indémodable !
Comme toutes les grandes pièces de Molière, Tartuffe foisonne d’éléments qui touchent si profondément la nature humaine qu’elle reste en adéquation avec toutes les sociétés des siècles qui lui ont succédé.En témoignent les mises en scène modernes qui, malgré des esthétiques très éloignées du XVIIe, ont collé à l’actualité ! Quant au personnage lui-même, il est tellement représentatif que son nom est devenu un nom commun. On ne peut qu’être confondu devant le talent d’un êtrecapable non seulement d’analyser ces éléments avec acuité et de les mêler dans une pièce de théâtre,mais de développerune intrigue à travers du suspense etdes rebondissements, et de la rendre comique en traitant des thèmes sérieux, voire dramatiques. De plus, avec Tartuffe Molière a écrit à la fois une comédie de caractère, une comédie de mœurs, une comédie d’intrigue – et tout cela en vers. C’est ça le génie !
XVIIe – XXIe : même combat !
Les grands thèmes traités dans Tartuffe sont la religion, le pouvoir et l’appât du gain. Molière ne met pas en question la religion en tant que telle, mais ceux qui s’en réclament pour assouvir leur besoin de pouvoir et leur avidité financière. A son époque, l’Eglise avait toute puissance sur les âmes comme sur la société et la politique. Agir en son nom cautionnait donc tous les comportements et affirmer que certains dévotsétaient des imposteurs était un grand risque - qui a failli coûter cher à Molière ! Sans la protection de Louis XIV, il aurait certainement été définitivement interdit de théâtre.
A notre époque, si l’Eglise a perdu une grande partie de son impact directif, ceux qui revendiquent une autorité morale ou spirituelle pour l’utiliser à des fins personnellessont encore légions. Ces manipulateurs sont souvent doués de sens psychologique et savent repérer les failles de leurs victimes. Ainsi, c’est à travers l’habileté de son Tartuffeque Molière analyse la famille d’Orgon, les rapports de couple et les relations parents-enfants.Et la finesse de son regard permet des’apercevoir que,finalement, à causes de ses failles, toute la famille d’Orgon, à des degrés divers, est victime de la prise de pouvoir de Tartuffe.
Quelle affiche !
La grande carrière et la célébrité cinématographiques de Claude Brasseur (100 films, 22 téléfilms - 2 Césars et plusieurs nominations) font parfois oublier qu’il n’a cessé depuis ses débuts en 1955 de faire du théâtre, avec des metteurs en scène exigeants et renommés, et que parmi les 28 pièces qu’il a jouées- et qui lui ont valu plusieurs nominations aux Molières -certaines d’entre elles ont duré plusieurs saisons de suite. Claude Brasseur appartient à ces comédiens que la conscience professionnelle fait se remettre en question même en pleine gloire,et il a suivi les ateliers d’Andreas Voutsinas.Quant à Patrick Chesnais(72 films, 18 téléfilms, 48 pièces de théâtre, 1 César, 1 Molière, plusieurs nominations et un prix du Syndicat de la critique), il ne lui cède en rien côté boulimique du métier ! Claude Brasseur a beau déclarer qu’« il n’y a pas de bonsacteurs, il n’y a que des grands rôles », voir les deux rôles principaux de Tartuffe interprétés par ces deux immenses comédiens promet une rencontre au sommet de l’art théâtral.














