Premiére 20. février 2012
Cyril Gely
Diplomatie
Durée : 1h35 sans entracte
Avec Niels Arestrup, André Dussollier, Roman Kané, Olivier Sabi,Marc Voisin
Mise en scène Stephan Meldegg
Conseillère artistique Béatrice Agenin
Décor Stéphanie Jarre
Production Théâtre de la Madeleine
Prix Théâtre 2010 de la Fondation Barrière
3 nominations aux Molières 2011 (Meilleure pièce du Théâtre privé, meilleurs comédiens)
Le spectacle
Paris, la nuit… Pas n’importe quelle nuit : celle du 24 au 25 août 1944.Les alliés sont aux portes de la capitale, le général von Choltitz veille. Il attend le moment de lancer l’opération ordonnée par Hitler : les pont sont minés, Paris doit être détruit ! C’est alors que s’introduit dans son bureau le consul général de Suède, Raoul Nordling. Les deux hommes se sont connus lors de précédentes négociations, mais cette visite, discrète, n’est pas prévue. Comment Nordling va-t-il s’y prendre pour faire changer d’avis un officier prussien, habitué à exécuter les ordres qui viennent de « tout en haut » ?
Paris devait brûler…
Avec cette pièce, toute la magie du théâtre est là ! Le sujet est connu, on sait comment cela finit, Paris n’a pas été détruit, et pourtant on est tenu en haleine dès les premières minutes ! L’auteur a construit sa pièce avec une finesse et un sens dramatique remarquables, comme une partie d’échec, dans laquelle chacun ménage ses coups, prépare ses feintes et essaie ses bottes secrètes.
D’un côté un général, pragmatique, formé à l’obéissance, ancré dans la légitimité de ses fonctions, de l’autre un diplomate, fort de ses convictions humanistes et de sa neutralité, mais dénué de toute légitimité. L’un des grands plaisirs de ce spectacle vient de ce rapport de forces dominé par un enjeu capital. Pas de manichéisme pourtant, dans la façon dont sont présentés ces deux hommes, qui s’avèrent plus complexes qu’on ne le pense au début. Usant de tous les arguments, politiques, militaires, affectifs, ils se livrent à une bataille psychologique, dans laquelle chacun doit se révéleret définir sa position d’Homme pris dans la tourmente de l’Histoire.
Une fiction réalité…
L’idée de Cyril Gely est astucieuse, car la décision du général allemand de ne pas faire sauter Paris reste entourée de mystère. Si, dans ses mémoires, von Choltitz déclare aimer trop Paris (dans lequel il ne s’est installé que quinze jours plus tôt !), pour se résoudre à le détruire, ce motif paraît un peu léger en regard des risques qu’il encourait à désobéir au Führer et quand on pense qu’il semble ne pas avoir eu de scrupules à écraser Rotterdam et Sébastopol auparavant. Par ailleurs, on sait que le consul Nordling et le général von Choltitz se sont rencontrés à plusieurs reprises au sujet de la libération de prisonniers (en témoigne, entre autres, un rapport du22 août 44 du « Gérant du Consulat de Suisse à Paris, R. Naville, au Chef de la Division des Affaires étrangères du Département politique). De là à supposer que Nordling,comme il l’a fait à plusieurs reprises au cours de l’Occupation, est intervenu à titre personnel auprès de von Choltitz, il n’ y a qu’un pas que l’auteur a franchi en basant sa piècesur des faits avérés, des personnages existants, divers mémoires et une solide documentation.
Un affrontement humain dans l’Histoire
En imaginant cette rencontre plausible, Cyril Gely va au-delà d’une anecdote historique et d’une intrigue passionnante. Il aborde toutes sortes de sujets intemporels telles que la négociation face à la force, le « droit » de la guerre face aux victimes civiles, le devoir de désobéissance,la neutralité politique… Comment un militaire peut-il se résoudre à ne pas exécuter un ordre ? Est-il plus déshonorant de l’exécuter ou de ne pas l’exécuter ? Quand on est pris entre la raison, le devoir, le cœur, l’effondrement de ses valeurs, comment sortir de l’impasse ?
La pièce est forte, sous tension, ce qui n’empêche pas de nombreux traits d’humour, de l’ironie et des répliques cinglantes. Avec une vue magnifique sur Paris la nuit, qu’on sent vibrer des derniers soubresauts de l’Occupation, avec deux « géants de la scène, fascinants, l’auteur donne une cohérence psychologique, intellectuelle, humaine à cette pièce remarquablement construite » (Le Canard enchaîné)
Du théâtre de grande qualité. Tout est impeccable (Le Monde), c’est magnifique (Le Figaro), une prestation impressionnante (Le Parisien) : une situation dramatique haletante (Télérama), deux comédiens d’exceptions (Les Echos).














